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Un centre de conservation et de restauration au chevet du patrimoine
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Niché au cœur de la friche industrielle de la Belle-de-Mai à Marseille, le Centre Interrégional de Conservation et de Restauration du Patrimoine (CICRP), financé entre autres par le Ministère de la Culture et de la Communication, est un centre de ressources et d’assistance pour les professionnels du patrimoine. Connaissance, préservation et restauration de biens culturels publics ou privés, le CICRP est une institution de référence : grâce à ses équipes pluridisciplinaires et ses équipements scientifiques, le Centre apporte conseil et soutien scientifique et technique relevant de domaines patrimoniaux aussi divers que les archives, bibliothèques, centres d'art contemporain, monuments historiques, musées… Rencontre avec des experts du patrimoine.
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Le CICRP en images
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Visite guidée avec Hugues PARANT, préfet de la région PACA, préfet des Bouches-du-Rhône
Le centre est implanté derrière la gare St Charles, dans les anciennes usines de tabac de la SEITA, au cœur de la Friche de la Belle de Mai à Marseille
Le CICRP compte 28 agents fonctionnaires de l’Etat et de la ville de Marseille regroupant une diversité de compétences et de métiers : conservateurs, géologues, chimistes, entomologiste, chef de travaux d’art, photographes-radiologues, personnel administratif, documentalistes, installateurs, techniciens
Le CICRP permet aux restaurateurs de bénéficier d’ateliers équipés et de moyens d’accompagnement (dossier d’imagerie scientifique, études…), permettant de réaliser les opérations de restauration dans les meilleures conditions
De part la configuration de ses locaux
, le CICRP
peut accueillir en restauration des œuvres picturales et graphiques de très grand format. Il est le seul établissement ayant cette capacité en France
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Entretien
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Roland MAY, directeur du Centre Interrégional de Conservation et Restauration du Patrimoine (CICRP)
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Roland MAY, directeur du Centre Interrégional de Conservation et Restauration du Patrimoine (CICRP) : "Notre rôle est avant tout d’apporter une assistance scientifique et technique au maître d’ouvrage"
AGIR Le CICRP est un établissement qui intervient dans le domaine de la restauration du patrimoine, mais à quel niveau ?
Roland MAY
Le CICRP est un groupement d’intérêt public, composé du Ministère de la Culture et de la Communication, de la ville de Marseille, du Conseil régional et du Conseil général. Chaque partenaire apporte des contributions financières à la bonne marche de l’établissement, mais nous avons un statut particulier, puisque même si les partenaires nous confient des missions, notre structure reste indépendante. De plus, nous intervenons uniquement sur des œuvres qui sont la propriété de structures publiques, comme les mairies ou les musées, par exemple. Et notre rôle est avant tout d’apporter une assistance scientifique et technique au maître d’ouvrage, pour des problématiques de conservation ou de restauration, cela représente 80 % de notre activité. Pour cette partie diagnostic et analyse, nous avons une équipe de scientifiques, des chimistes, photographes-radiologues, ou géologues, qui analysent les œuvres qui leur sont confiées, et proposent des programmes à lancer en vue de leur protection. Nous avons par ailleurs une mission de recherche autour des problématiques d’altération du patrimoine dans les domaines de la pierre, de la peinture et des matériaux contemporains comme les plastiques. Enfin, dernière mission, la diffusion scientifique au travers de publication et d’un fonds d’ouvrages consultables. D’où proviennent les œuvres qui vous sont confiées pour analyses, et quelles sont les conditions ?
Roland MAY
Nos œuvres proviennent à 80 % de la région, car nos partenaires financiers sont régionaux ou locaux pour trois d’entre eux, c’est donc statutaire. Car en parallèle, nos services sont gratuits pour les collectivités de la région ! Une mairie des Bouches-du-Rhône qui fait appel à nos compétences pour un problème de conservation ou de restauration d’une œuvre, n’aura rien à débourser. En moyenne nous avons 100 demandes par an. Enfin, nous suivons certaines œuvres sur plusieurs années, comme les fresques de la chapelle Saint Martial au Palais des Papes, à Avignon, par exemple. En plus d’être un centre d’analyses et d’expertises reconnu, le CICRP accueille aussi des restaurateurs qui travaillent dans vos ateliers…
Roland MAY
Sur 2500 m2, nous avons plusieurs ateliers dont plusieurs de très grande dimension et qui permettent d’accueillir des œuvres de très grande taille, jusqu’à 10 ou 12 mètres de long ! Et chaque année, se sont environ 80 restaurateurs qui utilisent nos ateliers pour restaurer des œuvres. Certaines restaurations durent quelques jours, d’autres sont beaucoup plus complexes et plus longues. Parfois ces restaurations permettent d’en connaître davantage sur les tableaux, et par exemple, de réattribuer une œuvre.
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Focus
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Anne MATHERON-DEBANNES, conseillère musées à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC)
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Anne MATHERON-DEBANNES, conseillère musées à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) : "Le CICRP est comme un hôpital, avec des médecins, aux services de la conservation et de la restauration !"
AGIR Un musée est un lieu de conservation, de présentation et de mise en valeur. Quel est l’apport d’un organisme comme le CICRP aux musées ?
Anne MATHERON
La région PACA possède 120 « Musées de France », sur 1300 pour la France entière ! C’est dire l’importance de la conservation et de la restauration que cela représente. La DRAC est un partenaire du CICRP, dans la mesure où nous faisons régulièrement appel à eux, pour des analyses et des diagnostics d’œuvres. Cette proximité géographique est inespérée, et nous permet d’intervenir sur les œuvres, avant que les problèmes ne soient plus graves. Par exemple, si au Musée de la Ciotat, qui est classé Musée de France, la Charte de constitution de la ville, qui date du XIVe siècle, est en péril, nous faisons appel au CICRP, pour une intervention et un diagnostic, pour le compte de la mairie. La DRAC assure donc un rôle de veille pour la prise en charge de la conservation des œuvres. Faites-vous aussi appel aux spécialistes du CICRP, en amont, lorsqu’une œuvre doit être déplacée, pour la procédure technique à suivre, par exemple ?
Anne MATHERON
Lorsqu’il y a un projet d’extension d’un musée, ou que l’on touche aux réserves, les œuvres conservées sont déplacées, et nous faisons alors appel au CICRP. Le maniement d’un tableau par exemple, est toujours délicat. L’analyse apportée par leurs spécialistes est donc importante et primordiale. Le CICRP est comme un hôpital, avec des médecins, aux services de la conservation et de la restauration ! Il agit aussi beaucoup en prévention, avant même que l’on intervienne. Et tous ces conseils, ces analyses, ces aides sont gratuits pour les communes ou les musées ! Ce qui est absolument essentiel, si on veut une protection la plus large possible. Mais c’est le rôle de l’Etat de prévenir, d’aider, de conseiller…
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Grand Angle
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Danielle AMOROSO, conservateur-restaurateur d’œuvres peintes
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Danielle AMOROSO, conservateur-restaurateur d’œuvres peintes : "Le travail de restauration est un travail collégial, et chacun apporte ses compétences et ses connaissances"
AGIR Vous êtes actuellement installée au sein d’un atelier du CICRP, pour mener la restauration d’une très grande toile provenant d’Arles. De quoi s’agit-il ?
Danielle AMOROSO
Cette toile de très grande dimension, puisque de 4,05 mètres sur 3,54, était dans le bureau du maire, où elle occupait tout un pan de mur. Il s’agit de « La guérison de l’aveugle-né », une scène religieuse du 18e siècle, œuvre de François Lemoyne, peintre très célèbre, et qui travailla notamment au château de Versailles. Mais ce tableau a une histoire singulière, puisque François Lemoyne s’est suicidé en 1737 et c’est un des peintres de son atelier, Charles-Joseph Natoire, qui le termina…C’est de la très grande peinture française ! Au milieu du 19esiècle, ce tableau a été donné à la ville d’Arles, en échange d’un sarcophage antique. La toile a donc été défaite de son support, roulée puis remontée sur place à Arles. Elle avait subi quelques dommages, et avait déjà été restaurée à plusieurs occasions. Il y avait notamment des problèmes au niveau de l’adhérence de la couche picturale avec le support. Quelle est votre intervention sur cette œuvre ?
Danielle AMOROSO
Nous avons « réaplani » et refixé les écailles de matière peinte qui n’étaient plus adhérentes, après avoir remis en tension de la toile sur un bâti, ce qui permet un bon aplanissement. Il y avait aussi quelques déchirures du support, que nous avons du reprendre par un pontage fil à fil et un collage ! Un vrai travail de précision et de patience, pour remettre la toile en état. Ensuite nous avons dû éliminer les vernis jaunis et les retouches anciennes. Ce travail de nettoyage a rendu toutes ses couleurs et son éclat au tableau, on découvre l’œuvre autrement. Nous avons retrouvé toute la fraîcheur de tons de Lemoyne et Natoire. Un peu plus de six mois seront nécessaires pour restaurer cette œuvre. Est-ce que la restauration peut apporter de nouvelles connaissances sur une œuvre ?
Danielle AMOROSO
La restauration peut apporter des éléments pour l’attribution d’une œuvre. Notamment les conservateurs-restaurateurs, par leur proximité avec une œuvre, de la couche picturale, de ses craquelures, ont une autre connaissance et approche de l’œuvre du peintre. Au cours des études en amont de la restauration, les photos en lumière rasante ou lumière ultra-violets ou infrarouges sont aussi essentiels. Elles dévoilent des détails inconnus jusqu’alors sur l’histoire d’une œuvre, comme les corrections ou les repeints successifs. Le travail de restauration est un travail collégial, et chacun apporte ses compétences et ses connaissances.
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En savoir plus
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